« Quand on veut enterrer un sujet, on crée une commission », la citation est attribuée à George Clémenceau. Mais parfois ce n’est pas suffisant, le sujet se dérobe, reste actif et, malgré tout, revient dans l’actualité. Il est alors temps d’une autre commission ou d’une mission, celles tout aussi pratiquées qui permettent de préparer la fuite des responsabilités.
Organisées par l’État, les collectivités ou leurs structures, elles sont créées dès qu’un problème devient si aigu, si urgent, que l’immobilisme ou la complicité des puissants deviennent trop visibles. Utilisées à la fabrication du « responsable, mais pas coupable », elles jettent régulièrement le discrédit sur l’ensemble de l’action des instances publiques.
Pour ce type de commission, la recette nécessite quelques ingrédients de base, c’est ce qu’a bien compris notre Premier ministre en confiant une mission brûlante à des parlementaires durant cet été d’incendies et de sécheresse.
- Reformuler les constats de façon à se les approprier : c’est ce que fait le Premier ministre dans sa lettre de cadrage aux parlementaires chargés d’une mission d’urgence sur les incendies.
- Montrer que l’on est déjà sur le sujet : un projet « Sécurité civile » arrive au Sénat en fin d’année et sera modifié.
- Promettre, ou évoquer, ce que l’on est le seul à pouvoir offrir (des financements de préférence)
Pour autant, la réussite n’est pas garantie. En effet, chaque mot mal compris, chaque décision maladroite, peuvent révéler le niveau de négligence, d’hypocrisie ou de décalage, dans lequel évolue l’initiateur de la mission.
Ainsi, le Premier ministre motive sa lettre de cadrage (12 août 2026) au groupe de parlementaires chargé de la mission sur les incendies, par « L’intensification des effets du changement climatique expose désormais notre pays à des saisons de feux de forêt d’une ampleur inédite. » Par chance, l’amnésie n’est pas totale dans le pays. Scientifiques et militant·e·s le rappellent : cette accélération, cette amplification des phénomènes climatiques, y compris dans des périodes et des lieux où ils n’existaient pas, ne sont pas des découvertes. Elles sont depuis longtemps le cœur des conséquences du changement décrit par les rapports du GIEC sur l’évolution du climat. Depuis 80 ans, plus de la moitié des canicules se sont produites dans les 16 dernières années. Dans la même période, des feux incontrôlables ont ravagé des régions d’autres pays (États-Unis, Canada, Portugal, Grèce…). Dans ses conditions, un gouvernement peut-il être dans l’impréparation, surpris par la sécheresse, la sensibilité des forêts aux incendies et le danger pour la population ?
« Gouverner, c’est prévoir », nous sommes loin du compte !
Pour donner à voir sa réactivité, le ministre évoque la modification d’un projet sur la « Sécurité civile » qui doit être présenté au Sénat en fin d’année. Raté, sa réécriture illustre surtout le fait que les études et prévisions scientifiques sur les conséquences du changement climatique n’y sont pas suffisamment prises en compte. La situation est déjà connue, par exemple sur l’environnement, les mises en garde des scientifiques ont été détournées, n’est-ce pas monsieur Duplomb….
Le prochain ex-premier ministre donne la preuve qu’il possède l’éventail complet de l’homme politique devant l’urgence en évoquant, cerise sur le gâteau, la promesse de promesses financières.
En automne, les climatiseurs des palais de la république, sensibles à tout ce qui nécessite de l’argent, seront peut-être suffisants pour refroidir le sujet.
À suivre…



