Le 2 juillet le conseil municipal de Saint-Malo a délibéré pour permettre au grand aquarium de Saint-Malo de réaliser un agrandissement de ses installations. Pour cela, un terrain appartenant à la commune va être vendu. Ce projet est contesté par des habitants du secteur pavillonnaire voisin, le Tertre Verrine, qui perdent une partie de la protection et du cadre de vie que leur offrent les talus plantés et les arbres. Parallèlement le mérite de ce projet en termes de compensation environnementale est vanté par la mairie dans les médias.
Lorsqu’une opération de cette envergure qui porte en elle quelques germes de contestation, sort brusquement, en étant aussi bien préparée quelques mois après une élection, il y a toujours un intérêt à regarder l’envers du décor.
Le Tertre Verrine et la zone de l’aquarium : petit rappel

Chemin de la Boulaie et ses arbres
Cette partie de la ville, entrée sud de Saint-Malo, s’est d’abord développée par la création de lotissements sans protection notable vis-à-vis des voies départementales et des implantations futures sur les secteurs voisins.
Dans les années 1990 une zone commerciale dite de « la Ville Jouan » est créée au niveau de l’échangeur d’entrée à Saint-Malo, son équipement phare est l’aquarium. L’opération inclut une zone inconstructible destinée à la protection du secteur pavillonnaire proche, notamment un talus planté de grands arbres le long du joli chemin de la Boulaie. Pour compléter la protection offerte par les espaces verts, les constructions ne peuvent être implantées à moins de 15 m (très partiellement 5 m) de la limite de propriété. Ce recul de construction permet également le développement de la végétation et des arbres plantés sur le talus longeant tout le chemin.
En 2006, le PLU reprend ces dispositions, renforçant la pérennité du dispositif de protection des maisons riveraines.
Oser dire, oser faire, oser agir
Une nouvelle fois nous avons plongé dans les documents du PLU 2006, du PLU 2025 et même ceux de la création de la zone commerciale de la Ville Jouan, des kilos de dossiers où « le diable se cache souvent dans les détails ». Reste ensuite à restituer l’envers du décor et encourager les citoyens et citoyennes à se faire entendre.
Les décisions en matière d’urbanisme nécessitent une certaine vigilance. A défaut, c’est avec retard qu’on en découvre les conséquences. En décembre 2018 nous écrivions sur ce sujet à propos du dossier de Rotheneuf, la découverte tardive du projet du maire de l’époque et de son coactionnaire de SCI, promoteur, construire 800 logements sur une zone humide.
Ce qui se passe aujourd’hui à côté de l’aquarium est du même ordre, même si l’échelle et l’enjeu environnemental n’est pas la même.
La surprise du Plu 2026
C’est dans un profond silence que le Plan local d’urbanisme 2026 a permis de supprimer les règles d’urbanisme spécifiques de la zone commerciale de l’aquarium (secteur de plan masse de « la ville Jouan »). Les modifications sont de trois ordres, illustrées par le schéma ci-dessous. :
Ces modifications sont difficilement perceptibles au moment de l’enquête publique dans un document aussi dense et complexe. Dans tous les cas, il est nécessaire que les citoyennes, citoyens et leurs associations s’impliquent dans les questions d’urbanisme. Mais, il est assez simple de s’y perdre, surtout lorsque ceux qui portent le projet n’expliquent pas les changements.
Pour rappel, à l’ouverture de la concertation pour le PLU les panneaux réalisés par la collectivité et montrés au public étaient assez différents dans le secteur de l’aquarium.( voir ci-contre)
Que s’est-il passé entre temps ?
Encore une fois, c’est un an après l’enquête publique du PLU que chacun s’aperçoit des modifications effectuées à cet endroit. Le silence au moment du PLU a-t-il un rapport avec la tranquillité souhaitée dans le quartier lors des élections municipales de mars 2026 ?
Urbanisme et divination
Il n’est pas toujours facile pour une municipalité de tout anticiper sans connaître les besoins des porteurs de projets. Pourtant, après 2023 , le PLU anticipe les besoins du projet de l’aquarium . À ce niveau de précision, sur un si petit territoire dont l’évolution semblait stabilisée et sans enjeux apparents, il est difficile de croire que le hasard ait beaucoup à voir dans cette affaire. Le silence sur la modification des règles dans ce secteur de l’aquarium a-t-il été préféré à l’examen de l’intérêt général des dispositions du PLU 2025 ?
Conséquences et risques.
• L’abattage des arbres sur plus de 80 m linéaire de talus autour des surfaces cédées
• Un bâtiment d’une hauteur de l’ordre de 12 m pourra s’implanter à 6 m de la limite de propriété au lieu de 15 m et, s’il dispose d’un mur coupe-feu, il pourra s’implanter sur la limite de propriété.
• La pérennité des arbres existants n’est pas garantie si les bâtiments sont trop proches de la limite de propriété.
Du point de vue du paysage la différence peut être celle-ci

Chemin de la Boulaie et ses arbres

Rue de la Ville Jouan et ses plantations basses
Présentation tronquée et marché de dupes au Conseil municipal.
Lors de la présentation de ce projet au conseil municipal du 2 juillet 2026, c’est le silence sur les modifications déjà opérées dans le cadre du PLU 2025, (dont le ‘hasard’ a permis qu’elles préparent sans le signaler, le projet de l’aquarium). Ce qui est mis en avant, c’est la « compensation » proposée en échange de la coupe des arbres sur une partie du talus du chemin de la Boulaie.
Pour compenser l’abattage partiel des arbres, la ville et l’aquarium proposent de signer une convention sous la forme d’une Obligation Réelle Environnementale (ORE). Cette disposition du code de l’environnement permet à un propriétaire de compenser l’impact d’une opération en mettant en place une protection environnementale sur un terrain lui appartenant.
C’est précisément là que se situe le marché de dupes.
Les deux compensations proposées, nord et sud de l’aquarium, posent question.
- Au nord, le PLU 2025 a déjà institué un « espace vert à protéger » sur la surface proposée à la convention ORE. Quel est l’intérêt , la compensation paraît fictive.
- Au sud, le terrain n’appartient pas à l’aquarium, mais à la ville. Il est prévu un don de plantation d’une valeur de 24 000 euros de l’aquarium à la ville pour planter ce terrain.
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- Une municipalité peut-elle obtenir un avantage directement lié au permis de construire en dehors des règles de participations règlementaires inscrites au code de l’urbanisme ?
- Quel texte encadre cette possibilité et garantit le principe d’égalité de tous devant la loi, y compris de ceux qui ne disposent pas de 24 000 euros pour arranger leur dossier?
Enfin l’impact environnemental ne se limite pas qu’au chemin, les grands principes du PLU sur la préservation des corridors verts risquent à termes d’être bousculés par la fragilité provoquée des plantations trop proches des bâtiments commerciaux. Quand aux premiers intéressés, riverains, promeneurs, sont-ils compensables ?
Pour conclure
Cette petite analyse est livrée aux habitantes et habitants du Tertre Verrine. Elle est certainement imparfaite et incomplète, mais contient en elle des questions qui peuvent être légitimement posées, y compris au tribunal administratif.
La volonté d’imposer les projets qui impactent la population, notamment par des pratiques d’évitement lors des rendez-vous comme le PLU, n’est bonne pour personne. Les habitants y perdent. Les instances publiques, leur élus et leurs agents y perdent.
Et, au final les porteurs de projet y perdent également, car la qualité d’une opération s’obtient en prenant en compte l’ensemble des contraintes. L’acceptabilité par le voisinage en est une, parfois rude, mais, pour un projet de ce niveau, elle peut être plus utile dans le temps que la servilité du moment.




