Nous avons publié plusieurs fois sur la question des transports en commun à Saint-Malo, ici, ici, ici, et encore là. Parfois, pour contester le résultat de la mise en concurrence du réseau de transport, parfois, pour relayer l’expression d’un collectif d’usagers. Le collectif, mécontent de la dégradation du service, a parfaitement documenté les difficultés des utilisateurs du réseau de bus.
Le secret
Pour comprendre les raisons et mécanismes de cette dégradation, nous avons demandé les documents officiels confiant l’exploitation du réseau de transport à la société Transdev. L’agglomération nous a alors fourni des documents dans lesquels les éléments essentiels étaient noircis, illisibles, au nom du secret des affaires… À Saint-Malo, les bus ont des secrets du niveau de ceux du Rafale…
Jusqu’au printemps 2026, personne ne connaissait le bilan de la délégation du transport public de l’agglomération, à l’exception de quelques élus et des services, qui suivent les comptes mensuels. Pour autant, s’ajoutant aux alertes du collectif d’usagers, d’autres signes annonçaient la déconfiture :
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- Le contrat avec Transdev a été conclu en 2024 sur des bases très discutables et qui devaient alerter professionnels et élus. Par exemple, la recette tirée des titres « scolaires et étudiants » en augmentation de 45 % (+ 204 000 € par an) par rapport à 2023, alors que la population scolaire est en baisse.
- Les chauffeurs et leurs syndicats en grève contre le retrait des droits acquis, la mauvaise organisation et le respect du personnel.
- La décision des élus de modifier le réseau pour une valeur de presque 120 000 € par an versée à Transdev après seulement un ou deux mois de fonctionnement.
- Le président de l’agglomération annonçant sa décision de rompre le contrat.
Le mirage auquel l’exécutif de l’agglomération a voulu faire croire, à partir de juin 2024, « consacrer moins d’argent pour le service public de transport, et obtenir un meilleur réseau et un bon service aux usagers », a été maintenu le plus longtemps possible. Mais comme tout mirage, il s’est envolé, en revanche, l’ampleur du fiasco qu’il masquait n’a été connue qu’après les élections municipales.
Depuis juin 2026 le bilan est public.
Ce bilan de l’année 2025, première année du nouveau réseau, est catastrophique et doit être mis à l’actif de la société Transdev et des élus qui lui ont confié sa gestion. Le rapport 2025 révèle une faillite tant sur le plan financier que sur celui des indicateurs propres au transport (nombre de kilomètres parcourus ou de validations de titres, billets et autres). Cela se matérialise par des différences considérables entre la réalité et les bases sur lesquelles la société Transdev est sortie en tête de la mise en concurrence pour le réseau en 2024.
Pour comprendre, nous avons utilisé les rapports annuels des sociétés délégataires des années 2023 – 2024 et 2025. Cela malgré une rédaction du rapport Transdev 2025 particulièrement nulle, à la limite de l’honnêteté, mais que la majorité des élus de l’agglomération refuse de faire rédiger correctement, alors qu’ils en ont le droit. Nous vous livrons ci-dessous le condensé de notre lecture
Sur le plan financier
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- Le total de charges 2025 a été de 13 566 408 € pour une prévision à 13 126 000 €
- Les recettes 2025 ont été de 2 724 207 € pour une prévision à 3 460 816 € (-29 %)
- Le résultat 2025 est un déficit de 2 816 000 € pour une prévision de profit de 237 000 € (- 3 053 000 €)
- Le déficit sur le réseau des communes extérieures transformé en transport à la demande, idée lumineuse et vantée par l’agglomération, est de 1 832 000 €, soit 65 % du déficit total
Sur le plan technique
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- Le total de kilomètres commerciaux parcourus en 2025 a été de 2 465 113 pour une prévision à 2 833 156 (-13 %)
- Le nombre de voyages réalisés en 2025 a été de 3 556 668 pour une prévision de 5 022 803 (-29 %)
- Le nombre de validations de titres scolaires 2025 a été de 1 020 023 pour une prévision de 1 739 645. (-41 %)
Sur le plan historique
La comparaison avec le réseau 2023 montre qu’en 2025, pour une participation presque équivalente (- 2 % inflation prise en compte), le nombre de km commerciaux a diminué de 14 %, le nombre de voyages a diminué de 29 %, celui des validations de titre a diminué de 22 %.
Nous laissons les syndicats vérifier le bilan de la gestion du personnel et les usagers, celui du rapport entre eux et le transporteur.
Au-delà du fiasco
La dégradation de la fréquentation du réseau peut être durable.
Celles et ceux qui ont choisi d’autres solutions de déplacement sont pour la plupart sur la route, dans leur véhicule personnel. Victimes et otages des problèmes de pollution, de niveau de vie, d’engorgement des routes et de place de la voiture dans l’espace public. Elles et ils ne remonteront peut-être pas de suite dans les bus.
Les décisions de la majorité des élu·e·s montrent qu’aucune leçon n’a été tirée de cette mauvaise expérience.
Faire rédiger correctement le bilan 2025. Rendre transparent le contrat avec Transdev. Remettre l’arbitrage de rupture anticipée du contrat avec Transdev entre les mains du Conseil d’agglomération, le maintien du secret par Gilles Lurton et ses vice-présidents est illégal de notre point de vue. Tout cela était possible et permettait de reconstruire un réseau sereinement. Au contraire, ceux qui l’ont si mal géré s’auto-attribuent des postes dans une nouvelle société dite « publique ». Celle-ci est destinée à remplacer le délégataire après juin 2027, mais ses structures sont tout aussi fermées aux usagers et sa gestion peut être aussi peu transparente qu’aujourd’hui.
La crainte immédiate concerne les conditions de rupture de contrat
L’accord de rupture du contrat entre l’agglomération et Transdev, qui devait gérer le réseau jusqu’en 2031, est en cours d’arbitrage au tribunal administratif. Exclu du dossier depuis des mois, le Conseil communautaire devra tout de même se prononcer.
Il appartient aux citoyennes et citoyens d’être vigilantes et vigilants, pas un euro ne doit être versé indument à Transdev pour un contrat que cette société n’a pas respecté.
Notre argent n’a pas à rembourser leur fiasco.



