Depuis plusieurs années, Osons ! échange et travaille avec le collectif de Tonnay-Charente et l’association PRA de Rochefort. Notre point commun, Timac-Agro et la lutte contre sa pollution. Chaque pas fait par l’un pour obtenir des contrôles, des mesures, des connaissances profite aux autres. C’est ce que nous avons expliqué ensemble lors d’une visite à Tonnay-Charente et de conférences de presse communes.
Ici comme là-bas, les usines sont destinées à la fabrication des engrais chimiques. À partir de 2017, leurs rejets ont été jugés illégaux en Charente-Maritime comme à Saint-Malo. Des poussières chargées de métaux ont été analysées dans les deux endroits. Là-bas, les eaux du ruisseau et de la rivière sont chargées de métaux comme le sont les sédiments du port, ici. Et, partout, les informations sont aussi difficiles à obtenir.
En revanche, les représentants de l’État n’ont pas la même exigence d’un département à l’autre et l’année 2026 est particulièrement révélatrice de cette différence d’engagement.
Un début simultané pour une histoire différente
Tonnay-Charente
Le 18 mars 2019 à Tonnay-Charente, deux ans après la confirmation de rejets illégaux, le préfet impose à Timac-Agro Tonnay de présenter une analyse du milieu (Interprétation de l’état du milieu), réalisée suivant les normes. Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) est chargé ensuite de la valider. Le chemin a été long, les services de l’État ont tenu bon, le BRGM a réclamé à plusieurs reprises des compléments et les citoyens, le collectif et l’association ont su représenter les intérêts de la population. En 2026 les résultats sont officiels.
Saint-Malo
Durant l’été 2019 à Saint-Malo, deux ans après la confirmation de rejets illégaux, les associations découvrent que le préfet d’Ille-et-Vilaine a pris des arrêtés en juillet 2018 constatant les défaillances des deux usines Timac-Agro sur le port et dans la zone d’activité. L’industriel avait trois mois pour rentrer dans les normes. Le préfet d’Ille-et-Vilaine, contrairement à celui de la Charente-Maritime, ne tient aucun compte des conséquences potentielles des rejets sur l’environnement. Est-ce un hasard, cet arrêté n’a pas été publié, en 2019, il était donc inconnu du public. Sa transmission à la mairie lors de sa signature n’a rien changé au secret, quelles que soient les éventuelles conséquences de rejets aussi importants et hors des normes sur la ville. Dans ses courriers de 2018, le préfet d’Ille-et-Vilaine considérait Timac-Agro comme le premier producteur d’ammoniac de Bretagne et le dixième français (la question des métaux était déjà laissée de côté). À Saint-Malo , malgré la gravité des faits évoqués, la volonté de dresser une analyse complète du milieu sous le contrôle d’une entité technique publique (*) était absente en 2019, elle l’est encore.
Le chemin vers 2026
Tonnay-Charente
Après sept ans, la décision du préfet de la Charente-Maritime donne enfin des résultats. Depuis le 28 juillet 2026, Timac-Agro est officiellement considérée comme responsable d’une pollution considérable. Le préfet révèle « que sur les 92 parcelles prélevées, 87 privées et cinq publiques, près de la moitié présentent un état de sols incompatible avec le fait d’y habiter, de cultiver des potagers et d’élever des animaux (1). En cause : la présence de plomb, de cadmium, de zinc et d’arsenic. » (SUD-OUEST 4/08/2026). Ce n’est que le début, car les analyses doivent concerner plus de 170 parcelles et s’étendre au-delà du premier périmètre.
Saint-Malo
Pendant ce temps, à Saint-Malo, l’état du milieu n’est surtout pas à l’ordre du jour, c’est une autre voie que prend l’État avec le soutien des élus locaux.
• En 2021, le préfet d’Ille-et-Vilaine accorde une nouvelle autorisation d’exploitation à Timac Agro. Pour cela, il utilise une étude dite « d’évaluation sanitaire » réalisée par l’industriel, sans préciser si elle avait été soumise à un contrôle technique et scientifique et par quel organisme (*). Deux ans plus tard, les relevés de la station de mesure de Rocabey montrent que les hypothèses de dispersion des fumées utilisées dans cette étude sont fausses…
• En 2025, à la suite de rejets illégaux dans le ruisseau du Routhouan le préfet autorise l’usine Timac Agro et l’usine Phosphéa de la zone industrielle de Saint-Malo a rejeté la totalité de leurs eaux pluviales dans la station d’épuration publique. L’industriel s’avère incapable de faire baisser les taux d’azote et de phosphore dans ses eaux pluviales polluées par le seul contact avec le sol et les toitures chargés de poussières, de matières premières ou d’engrais. Une fois encore, il n’est pas question des métaux qui peuvent de la même façon polluer les eaux pluviales. Il n’est pas plus question des effets sur le milieu, le ruisseau ou la mer dans laquelle il se déverse à proximité. Le classement de l’usine et les règles européennes qui devraient s’appliquer sont oubliés.
• En 2026, le préfet d’Ille-et-Vilaine utilise une procédure dérogatoire pour régulariser la situation de six hangars de stockage du port de Saint-Malo utilisés par Timac Agro d’une surface totale de plus de 14 000 m². Le préfet réalise une procédure avec un retard de trente ans et il ne dispose pas des documents requis par la loi. Mais surtout, une nouvelle fois, il ne prend pas le milieu en compte, l’état des réseaux d’eau sur les quais, la pollution au cadmium des sédiments du port. Quant aux effets sur l’activité humaine sur le port et sur la vie quotidienne autour, trente ans de retard dans la surveillance ne semblent pas suffisants pour s’en préoccuper. (voir ici le recours gracieux d’Osons ! auprès du préfet).
L’État ne réagit pas de la même façon à Tonnay-Charente et à Saint-Malo. Malgré des lieux ayant de grandes similitudes, les mêmes fabrications industrielles, les mêmes types de pollution, le même exploitant et la même pression des associations, les exigences et la fiabilité de l’action sont très différentes. Cela dépend-il des préfets en place, de l’influence du groupe industriel dans la région, des services de l’État ?
Des conséquences différentes
Les résultats de « l’interprétation de l’état du milieu » de Tonnay-Charente ne sont pas transposables à Saint-Malo, en revanche, les méthodes le sont.
À Tonnay-Charente, les résultats de l’étude du milieu sont officiels et au bout de 7 ans, ce qui n’est pas rien, et même s’il reste beaucoup à faire , les riverains sont informés.
À Saint-Malo, tout est relatif, discutable, sujet à nouvelle étude et à la formation de nouvelles commissions « ouvertes ». La dernière est en cours de création par l’agglomération avec les mêmes acteurs que celle créée par l’État…Comment considérer cela, sinon comme une nouvelle diversion, comme un nouveau frein face à la nécessité d’investigations sérieuses?
Pour tenter de faire évoluer cette inertie, Osons ! a publié des analyses de poussières et, avec 12 plaignants, a obtenu une expertise judiciaire. Les derniers à agir sont des médecins qui ont réalisé des analyses de sol. Mais c’est aux institutions publiques de réagir en prenant en compte ce qui se passe à Tonnay-Charente.
C’est d’autant plus nécessaire qu’aux études sur l’impact sur le milieu devraient logiquement succéder celles sur la santé. Les Malouines et Malouins ont besoin de réponses, la pollution est avérée, quels en ont été les impacts et quels seront-ils sur la santé des riverains ?
État, collectivités, nous méritons mieux.
*Nous ne parlons pas de l’ARS dont le rôle est aussi souvent politique que technique
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