Le dossier de réalisation de la Zone d’Activité Concertée (ZAC) Charles de Gaulle est présenté au conseil municipal de la ville de Saint-Malo le 3 novembre 2026. Le projet consiste à remplacer une partie de la zone industrielle située face au quartier de la Découverte par une zone d’habitat de 800 logements.
Ils seront donc à proximité immédiate de l’axe le plus circuler de Saint-Malo et des entreprises polluantes, en particulier de Timac-Agro.
Bien que la qualité de l’air malouin ait fait l’objet de nombreuses études, la ville a décidé de réaliser et de financer une étude spécifique pour ce dossier portant sur « l’état initial de la qualité de l’air avant aménagement »
Il n’en fallait pas beaucoup plus pour éveiller notre attention.
L’étude a été réalisée par Air Breizh en 2024. La même année, Air Breizh a produit un bilan des données de mesure de l’ammoniac à Saint-Malo.
Nous avons donc comparé les résultats.
Même auteur mais conclusions contraires.
L’étude pour le dossier ZAC réalisée en 2024 précise :
« Les niveaux en ammoniac sont très faibles et présentent peu de variations. Les concentrations moyennes sont proches entre les deux périodes de mesure (2 à 3 μg/m3) et sont comparables à celle de la station rurale de fond Kergoff (située en centre Bretagne). »
Le bilan des mesures sur l’ammoniac sur six mois de 2024
« • la moyenne mesurée à la station Rocabey est supérieure de 48 % à celle de la station Kergoff et cela s’explique du fait des fortes variations ponctuelles observées à Saint-Malo (maximum horaire 10 fois plus élevé).
• le niveau de fond à la station de Saint-Malo est légèrement inférieur à celui de la station rurale située en centre Bretagne (-10 % pour la médiane à la station Rocabey comparée à celle de Kergoff),
• les variations des concentrations mensuelles en ammoniac sont importantes pour la station Rocabey avec des niveaux plus élevés sur la période d’août à novembre 2024,
• des pics journaliers marqués sont constatés à la station Rocabey par rapport à la station rurale Kergoff à partir d’août 2024 et révèlent une influence malouine locale,
• au cours de la journée, le profil moyen horaire pour l’ammoniac est atypique au niveau de la station Rocabey indiquant une source locale différente des activités agricoles ou du trafic routier,
• l’étude de deux jours spécifiques (avec les deux maximums horaires durant les six mois) confirme la présence de pics nocturnes.«
Des conditions différentes
Deux études réalisées la même année par le même auteur, dont les résultats sont opposés. Comment est-ce possible?
Une précision présente dans l’étude pour la ZAC vient nous éclairer : « Il est à noter que les campagnes ont été dominées par des vents de secteurs Sud en hiver et Nord-Ouest en été. Dans ces conditions, le point de mesure de la ZAC de Gaulle ne s’est pas retrouvé sous l’influence des émissions de l’usine TIMAC (400 m au Nord-Est)… »
Sans l’influence des principaux pollueurs, cet état initial de la qualité de l’air n’est donc pas représentatif.
Peu importe, pour la mairie de Saint-Malo la conclusion présente dans le dossier de ZAC est la suivante : « Cette étude a été centrée sur la mesure des polluants à effet sanitaire. Les résultats ont permis de situer les niveaux par rapport aux seuils réglementaires et de connaitre l’état initial de la qualité de l’air avant aménagement ».
Ce que nous pensons de ce mensonge organisé :
Conclure une telle étude, qui engage la vie de tout un quartier pendant des années, alors que la pollution industrielle est exclue de la réflexion, consiste à transformer la réalité des lieux. Aucun bureau d’études, aucune collectivité ne devrait pouvoir le faire, et surtout pas lorsque cela peut impacter la santé des futurs habitants.
À l’heure où, à Tonnay-Charente, dans un lotissement proche de l’usine TIMAC Agro, la majorité des logements expertisés est déclarée inhabitable, ce type de pratique est irresponsable et potentiellement dangereuse.



